La petite main de Zoé :)






















Comme Jessica, vous êtes peut-être DYSGRAPHIQUE sans le savoir: "Ecrire était douloureux, car je tenais mal mon stylo"

Publié le 27 octobre 2015





Jessica, une institutrice ayant courageusement choisi de réapprendre à écrire alors qu'elle était âgée de 24 ans, a accepté de livrer son témoignage. "Je tenais mal mon stylo, du coup, mon écriture devenait illisible et c'était douloureux". Selon une étude de 2008, un enfant belge sur trois aurait des difficultés à écrire correctement. Un constat alarmant dénoncé par les graphothérapeutes belges, réunis en association.

Si vous lisez cet article, c'est que vous êtes devant l'écran de votre ordinateur, votre smartphone ou votre tablette. Et vous venez peut-être d'écrire un message grâce au clavier dont vous disposez. Mais avez-vous tenu un bic, un stylo ou un crayon entre vos doigts aujourd'hui? Bon nombre de Belges perdent cette habitude. Mais surtout, certains de nos compatriotes n'écrivent plus car ce geste a toujours été difficile à accomplir pour eux. En effet, parfois sans le savoir, ces Belges souffrent de dysgraphie, c'est-à-dire qu'ils ont du mal à écrire, et ce, pour diverses raisons. Résultat: leur écriture est bien souvent illisible pour autrui. Un problème qui peut avoir de lourdes répercussions dans la vie quotidienne. "Laisser un écrit, c'est laisser quelque chose de soi, souligne Sylvie Tramasure, l'une des premières graphologues et graphothérapeutes de Belgique. Si ce n'est pas convenable, on peut ne pas en être fier et avoir tendance à le dissimuler".

Jessica: "Je tenais mal mon stylo et on me laissait faire"

Jusqu'il y a peu, c'était le cas de Jessica, une jeune institutrice de 27 ans. Toute sa vie, écrire a été un geste pénible à exécuter : "Je tenais mal mon stylo, confie-t-elle, après que sa graphothérapeute, Marie Adams, nous a contactés via notre page Alertez-Nous. Personne ne m'avait appris à le tenir correctement et on me laissait faire". Du coup, Jessica posait "tous ses doigts sur son bic", et ressentait, à chaque fois qu'elle écrivait, des douleurs dans la main et le bras. "Pendant mes études, quand je prenais note, je fatiguais vite, se souvient-elle. Au début, ça allait, puis mon écriture devenait illisible pour les autres. Aussi, en classe, j'étais toujours la dernière à rendre ma feuille".

Comme si un droitier écrivait de la main gauche

La lenteur dans l'écriture est l'un des signaux possibles de la dysgraphie. "L'écriture de la personne qui souffre de dysgraphie est difficile et donc souvent plus lente, explique Marie Adams, graphothérapeute depuis 15 ans. "C'est un peu comme si vous deviez écrire avec l'autre main: vous allez sentir la difficulté et il y aura un ralentissement du geste".

Dans ces cas-là, les doigts sont souvent crispés, les muscles tendus: des crampes sont dès lors possibles. Voici quelques exemples de mauvaise posture de l'instrument.



Le drame des enfants dysgraphiques: ils peuvent être pris, à tort, pour des élèves de mauvaise volonté

La lenteur est d'ailleurs l'un des aspects dont les professeurs se plaignent. "Les professeurs des écoliers ou élèves dysgraphiques vont se plaindre de l'illisibilité de l'écriture, de la mauvaise tenue des cahiers, de la non mise à jour du journal de classe, de la lenteur de l'élève dans l'exécution des devoirs, ou de la non réalisation de ceux-ci, cite Marie Adams. Ces enfants peuvent être pris, à tort, pour des personnes de mauvaise volonté", avec comme conséquence possible, une perte de confiance en soi et une chute des résultats scolaires.

Et les problèmes d'écriture peuvent être divers. Certains enfants écrivent même à l'envers, c'est ce qu'on appelle l'écriture spéculaire, en miroir. "Ces enfants peuvent avoir tendance à écrire dans le mauvais sens: de droite à gauche. S'ils n'ont pas assimilé la latéralité, donc s'ils n'ont pas différencié la droite et la gauche, il y a une hésitation. Si c'est flou dans leur esprit, ils ne sauront pas où il faut écrire sur la feuille. Il y a des enfants qui écrivent très grand, qui envahissent la feuille ou ne respectent pas les lignes. Il y a ceux pour qui les ronds, les boucles, sont difficiles à effectuer. Certains ne gèrent pas la dimension".

Ci-dessous, l'exemple d'un élève de Marie Adams, âgé de 11 ans. A gauche, la façon dont le garçon écrivait en arrivant dans son cabinet, à droite, le résultat après quelques mois de graphothérapie.



Leur écriture est déficiente parce que les bases élémentaires ne leur ont pas été transmises

Comment ces enfants ou ces adultes, en sont-ils arrivés là? Selon la graphothérapeute, les raisons sont multiples. Mais souvent, il est question de bases élémentaires non acquises par l'enfant. "A l'origine, ce peut être une mauvaise tenue de l'instrument qui permet d'écrire, analyse Marie Adams. Ou bien, l'enfant se tient de façon inconfortable face à sa feuille et n'a pas les pieds au sol. Or, il faut une posture correcte pour écrire convenablement".

Selon les spécialistes que nous avons interrogées, il n'y a qu'une seule posture idéale pour tenir un bic ou un crayon, et elle concerne aussi bien les droitiers que les gauchers:



Pour projeter un écrit au bon endroit sur une feuille, il faut aussi avoir intégré son schéma corporel, et pouvoir se situer dans l'espace, insiste Sylvie Tramasure. De cette façon, un enfant différenciera le haut du bas et la gauche de la droite, notamment. "Le nombre d'enfants qui n'ont pas intégré la latéralité, le schéma corporel, qui ne connaissent pas le nom des doigts de leurs mains, qui ne savent pas où est leur nombril, c'est affolant", s'alarme la spécialiste.

Conséquences possibles: honte, décrochage scolaire, rejet de l'écriture, voire de l'école

Les conséquences peuvent être catastrophiques: difficultés scolaires, voire risque de décrochage. "Un enfant dont l'écriture est problématique a du mal à suivre les cours car il se focalise sur son écriture et n'écoute plus ce que le professeur dit, poursuit la graphothérapeute. Résultat, il décroche. Or, il doit pouvoir gérer une double action: penser et écrire en même temps, pour pouvoir suivre le cours".

Sans parler du sentiment de gêne ou de honte que certains ressentent à force de subir des remarques négatives sur leur écriture. "Si un enfant éprouve trop de difficultés à écrire, cela peut avoir d'importantes conséquences, prévient Marie Adams. Il peut prendre l'écriture en grippe, voire l'école". Acculés par la honte et les difficultés, certains enfants peuvent refuser petit à petit d'écrire ou de se rendre en classe.

Mauvais souvenir pour Jessica: "On me disait que je n'avais pas une belle écriture"

Jessica n'a pas connu tous ces problèmes à l'école, mais elle admet avoir souffert du regard des autres. "On me faisait des remarques, se souvient l'institutrice, qui admet qu'elle préférait éviter de révéler son écriture à ceux qui ne l'avaient jamais vue. "On me disait que je n'avais pas une belle écriture. Ça n'a jamais été agréable d'écrire". Et puis chacun y allait de son petit conseil: "Tout le monde me disait de faire de la calligraphie. Je me disais que ça ne règlerait pas mon problème: tout était dû à une mauvaise posture du stylo".

Jessica prend le taureau par les cornes: la honte laisse place à la fierté

Il y a trois ans, la jeune femme a eu un déclic : "En tant qu'institutrice, je devais apprendre aux écoliers de première primaire à écrire, et donc, à correctement tenir leur crayon. Comment allais-je faire alors que moi-même, je tenais mal mon instrument?".

Face à l'évidence, la jeune femme décide de prendre le taureau par les cornes et de faire table rase. N'écoutant que son courage, Jessica décide de franchir un pas difficile: celui de reprendre les bases, comme à l'école. Elle se renseigne sur internet et s'inscrit aux séances de graphothérapie de Marie Adams pendant trois mois. Au menu: réapprentissage de la posture du stylo, exercice de coloriage, de calligraphie, réapprentissage des boucles des lettres, des traits variés, etc.

Voici ses flagrants progrès réalisés en à peine un mois de séances de graphothérapie. "Jessica était une élève idéale: très appliquée et volontaire, elle faisait tous ses exercices, se souvient Marie Adams. Elle a progressé très rapidement".



Aujourd'hui, tout a changé: "C'est beaucoup plus facile pour moi d'écrire, se réjouit la jeune institutrice. Mes gestes sont fluides et agréables. J'ai réellement découvert le plaisir d'écrire". Même l'entourage de Jessica a remarqué la différence. Et pour la jeune femme, la honte a laissé place à la fierté: "C'est vrai que mes proches connaissaient mon écriture, donc ils m'ont fait des commentaires positifs, se félicite-t-elle. A présent je suis plutôt fière de ce que j'écris, fière du résultat. Et puis surtout, je ne ressens plus aucune douleur".

Les progrès de Jessica rayonnent: "Mes élèves écrivent mieux!"

Impossible de savoir combien de Belges, enfants et adultes, sont dysgraphiques à l'heure actuelle. Du côté de la Fédération Wallonie-Bruxelles, on nous confirme qu'aucune étude n'a été réalisée sur le sujet, à la grande déception des graphologues et graphothérapeutes de Belgique qui se disent "débordés". "Nous ne sommes que 24 à exercer ce métier et à faire partie de notre Groupement belge des graphothérapeutes", souligne Sylvie Tramasure. "Lorsque j'ai commencé, elles n'étaient que deux avant moi".

Seule l'étude commanditée par le fabricant de matériel scolaire Pelikan en 2008 dresse un état des lieux alarmant de la dysgraphie chez les écoliers. Selon ces chiffres, un enfant sur trois en Belgique a du mal à écrire: "Ça ne m'étonne pas du tout, révèle Jessica. Je suis institutrice et dans notre formation de base, on ne nous apprend pas à bien expliquer aux enfants comment écrire: on nous apprend à bien tracer les lettres, à bien les écrire, mais la base n'y est pas. On ne nous apprend pas à les faire tenir correctement leur stylo, à bien s'asseoir, etc."

Les séances de graphothérapie ont en tout cas changé la vie privée de Jessica, mais aussi, sa vie professionnelle. "J'applique dans mon métier ce que j'ai appris lors des séances de graphothérapie, raconte l'institutrice. Ça m'aide pour corriger les enfants. Grâce aux conseils de ma graphothérapeute, je suis bien plus attentive à leur posture, à la tenue du stylo".

Aujourd'hui, les progrès de Jessica rayonnent autour d'elle. Et récemment, la jeune institutrice a été comblée du plus beau des cadeaux: "Grâce aux conseils que j'ai reçus et que je transmets, j'ai remarqué des progressions chez certains de mes élèves".


Source : http://www.rtl.be/info/vous/temoignages/comme-jessica-vous-etes-peut-etre-dysgraphique-sans-le-savoir-ecrire-etait-douloureux-car-je-tenais-mal-mon-stylo-photos--764228.aspx