La petite main de Zoé :)






















Pourquoi s'acharner à enseigner l'écriture cursive?

Publié le 14-06-2015 par Alexandre Roberge.



Durant l'automne 2014, une nouvelle a fait sensation dans le milieu de l'éducation. Une des sociétés les plus reconnues pour son milieu éducatif de qualité, la Finlande, allait éliminer l'enseignement de l'écriture cursive dès la rentrée 2016 pour se concentrer sur le clavier d'ordinateur. Nul besoin de dire que cette brève a eu l'effet d'une bombe. Déjà que de nombreux États américains (45 sur 50) ont pris cette voie, si la Finlande s'y met...

Aussitôt, il y eut une montée aux barricades pour défendre l'importance de l'apprentissage de l'écriture cursive, aussi connue sous le nom bien québécois des lettres attachées. Sauf que cette nouvelle était fausse… ou plutôt mal traduite par le journaliste de la BBC.

En réalité, elle deviendra facultative en 2016, le système finlandais souhaitant que les enfants apprennent la calligraphie dite scripte (lettres détachées). Mais contrairement aux rumeurs, les petits Finlandais continueront d'user du crayon dans les prochaines années. Et si cette histoire pourrait en être une sur le danger de la désinformation qui se répand à la vitesse de la lumière sur le Net ou du problème des mauvaises traductions, restons sur le sujet de l'apprentissage des lettres cursives.

Des effets bénéfiques de l'écriture manuscrite

Parce que ce petit scandale a mis en lumière un questionnement important : dans une ère où les ordinateurs, les tablettes et les téléphones intelligents deviennent les principales sources d'écriture, pourquoi continuer à apprendre les lettres cursives? Une réflexion visiblement présente puisque, si l'histoire finlandaise a été grandement exagérée, les États-Unis se débarrassent véritablement de l'enseignement de la calligraphie traditionnelle. Alors, mourante l'écriture cursive? Pas vraiment.

Dextérité, motricité fine, meilleur contrôle

En fait, les nombreux experts interrogés soulignent des effets bénéfiques sur le cerveau des enfants qui apprennent l'écriture cursive. Des linguistes et neuroscientifiques ont noté que cet apprentissage avait une grande importance dans l'acquisition de la motricité fine par les plus jeunes. Cette orthopédagogue se demande d'ailleurs si l'apprentissage d'une langue uniquement au clavier ne pourrait pas totalement modifier la structuration du cerveau en croissance.

En effet, la pratique de l'écriture manuscrite utilise l'hémisphère dominant de l'enfant, mais taper sur des touches exige que les deux parties de l'encéphale travaillent ensemble. Or, les spécialistes n'ont aucune idée de l'impact qu'aurait cet aménagement nouveau sur la matière grise. Et puis, cette orthopédagogue soulève un autre point : n'est-ce pas là pénaliser les écoles plus pauvres qui n'ont pas les moyens de dépenser pour une quincaillerie informatique de pointe que de choisir le tout au clavier?

Cette chercheuse québécoise souligne quant à elle que les études ont démontré que les enfants ayant appris l'écriture cursive plutôt que scripte font moins de fautes de syntaxe et d'orthographe. Néanmoins, peu importe la méthode choisie, il faut, selon elle qu'une seule forme d'enseignement soit privilégiée et non pas le mélange de deux. Elle dénonce, par exemple, le système éducatif québécois qui, à la première année du primaire, enseigne aux petits à écrire en lettres détachées et en lettre attachées l'année suivante. Tout pour les confondre à son avis.

Cursif et numérique peuvent se marier

Il y a donc eu une réponse massive en faveur de l'enseignement de l'écriture cursive ou, du moins, manuscrite. Mais y a-t-il eu des voix qui ont profité de cette nouvelle pour se réjouir de la fin de cet apprentissage? Très peu, particulièrement en France où il y a visiblement consensus. Toutefois, Yann Leroux, un psychologue qui a beaucoup fait parler étant donné sa position très positive en faveur des jeux vidéo dans la vie des enfants, a apporté un point de vue divergent.

Il ne s'agit pas d'un avis tranché et sans appel contre l'écriture cursive. Au contraire, le psychologue reconnaît certains bienfaits de cet apprentissage, mais il pose des questions sur le fait que personne n'émette des doutes sur la pertinence de l'écriture manuscrite. Par exemple, peu de gens abordent le sujet de la « mauvaise écriture ». En effet, qu'arrive-t-il de ces enfants qui écrivent mal, ceux humiliés par leur mauvaise calligraphie ou qui ne parviennent tout simplement pas à se relire? Perte d'estime de soi et problèmes de révision font partie du lot de ces jeunes, estime-t-il. Et puis l'écriture numérique se modifie beaucoup plus facilement et se partage tout aussi aisément. Toutefois, le psychologue reconnaît à juste titre que les manuscrits survivent mieux à l'épreuve du temps et que des textes sans cesse altérés n'arrêtent alors pas la pensée.

De toute façon, qui a dit que le numérique était nécessairement l'ennemi de l'écriture cursive? D'ailleurs, il existe une application Android et Apple, offerte entre 4 et 5 euros, qui est expressément destinée pour que les enfants pratiquent leur lettre à répétition. Une version pour l'écriture script est aussi disponible.

Source : http://cursus.edu/dossiers-articles/dossiers/207/connaissances-desuetes-vraiment/articles/25672/pourquoi-acharner-enseigner-ecriture-cursive